Catéchisme réalisé par le père Dosithée aux agapes du dimanche 13 septembre 2026 et suivants, basé sur le livre de Mgr Job Getcha : La Divine Liturgie : Les cieux sur la terre (éditions SALVATOR).
Partie 1
En principe les jours ordinaires nous célébrons la liturgie de S. Jean Chrysostome (mort en 407) qui s’inspira pour la base de la liturgie de S. Basile le Grand (330-379), cette dernière liturgie célébrée une dizaine de fois dans l’année.
Il existe la liturgie de S. Jacques frère du Seigneur qui n’est plus pratiquée, où juste le jour de la fête du saint les 23 octobre et 1er décembre. Mais encore une fois peu célébrée.
Le terme Liturgie veut dire « Service », donc la Divine Liturgie veut dire « Service divin ». Les chrétiens rendent un culte divin, mais Dieu Lui-même rend l’événement divin par sa présence et l’envoie du saint Esprit.
Le diacre avant de commencer l’Office dit au prêtre : « Voici le moment d’agir pour le Seigneur ». Certes le diacre et le prêtre vont agir en accomplissant l’Office, mais cela fait surtout référence au Ps 118 où les hommes se sont détournés du Seigneur et les anges demandent au Seigneur d’agir afin de ramener les hommes vers Lui !
La Divine Liturgie est une manifestation des cieux sur la terre.
Les siècles ont ajouté des éléments à cet Office.
Saint Maxime le confesseur (580-662) commente la Divine Liturgie. Donc elle est bien établie. Saint Germain de Constantinople (640-733) dit que la Divine Liturgie représente la vie terrestre du Christ.
Pour participer dignement, être en paix avec tout le monde. Mt 5, 23-24 : « Si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, et va te réconcilier avec ton frère. » Cela s’adresse aux célébrants et aux fidèles.
Laisse ton offrande ! En effet les fidèles ont longtemps apporté le nécessaire pour l’Office que ça soit le pain liturgique appelé Prosphore (qui veut dire Offrande), le vin, l’huile pour les veilleuses, l’encens, etc… Le diacre choisissait alors les meilleurs éléments qui allaient servir au culte divin.
Précisons que le Canon 41 du Concile de Carthage (419) stipule d’être à jeun pour célébrer et communier. Les malades avec leurs médicaments ne sont pas concernés.
Partie 2
Avec le temps il s’avéra plus pratique que les fidèles fassent un don en argent, plutôt que d’apporter les éléments pour la Divine Liturgie. Le résultat est le même, chaque fidèle contribue à ce que l’Office puisse avoir lieu !
Durant les tout premiers siècles la Proscomédie (qui veut dire : oblation), ou Prothèse (qui veut dire offrande) cet office qui prépare la Prosphore en découpant des parcelles et les positionnant sur la Patène (petit plateau) était réalisé non pas dans l’église mais à côté, dans un endroit séparé. Nous reviendrons dessus plus tard.
Le prêtre et le diacre vont déjà se préparer pour la Proscomédie, préparation qui s’appelle le « Kairos » ou en français le « Temps ». Le clergé va au milieu de la nef et récite les prières initiales, puis vénère les icônes avec une prière spéciale pour chacune. Le prêtre et le diacre vont devant les Portes saintes pour clore le Kairos, et s’inclinent vers le chœur droit et gauche puis rentrent dans le sanctuaire afin de s’habiller.
Le diacre :
- revêt un Sticharion = tunique, aube à amples manches, disposées au service.
- L’Orarion = écharpe descend d’un seul côté devant et derrière le Sticharion. Le diacre tient l’orarion avec 3 doigts, durant les litanies il élève l’orarion assez haut devant lui, comme lisant un parchemin ! En Latin orare veut dire prier. De ce fait le diacre l’élève pour prier.
- Les Surmanches = sont des manchettes qu’il porte au niveau du poignet
- Saint Syméon de Thessalonique voit dans le diacre une figure de l’armée angélique.
Le prêtre :
- revêt un Sticharion = plus simple que celui du diacre.
- L’Epitrachélion = qui veut dire autour du cou. Signifie la grâce du sacerdoce répandu par Dieu.
- Ceinture = pratique des vertus, répression des désirs charnels, prêt à œuvrer.
- Les Surmanches = empêchent que les manches ne fassent tomber les objets de l’autel, surtout durant la proscomédie.
- Le Phélonion = chasuble héritée de la paenula romaine, portée par les sénateurs dans l’antiquité. Sans manches, Cabasilas dit : le prêtre est dégagé des activités humaines.
- L’Epigonation carré assez rigide porté sous le phélonion sur le côté au niveau des jambes, symbolisant une épée, le prêtre étant prêt à combattre pour la justice divine. Uniquement porté par un archiprêtre ou un archimandrite.
Puis ils vont se laver les mains en récitant le psaume 25 : « Je laverai mes mains parmi les innocents… »
Vers 380 le lavement des mains se faisait juste avant la prière eucharistique (le moment où le prêtre demande à Dieu de faire de ce Pain, Corps précieux de ton Fils etc.) :
→ Symbolise la pureté des âmes consacrés à Dieu
→ Avec l’introduction de la Prothèse au VIIIème siècle, le lavement des mains est déplacé après l’habillement des célébrants. C’est à la suite de la crise iconoclaste que la prothèse va se développer. Avant cette période, l’office était très simple, réalisé par le diacre, le prêtre ne faisant que la conclusion des prières. Va se développer au XIème siècle. À partir du XIVème siècle seul le prêtre accomplira la Prothèse.
→ De nos jours avant la grande Entrée pour l’office épiscopal.
La prosphore (le pain) symbolise la mère de Dieu d’où sort le Christ avec l’Agneau (le carré avec les lettres IC XC NI KA veut dire Jésus Christ vainqueur représente le Christ, l’Agneau). 5 prosphores sont utilisées à l’origine. De nos jours 1, voir 2 !

Partie 3
Comme vu plus haut, la Prothèse trouva sa forme plus développée qu’au VIIIème siècle. Avant cette date, c’était le diacre qui réalisait cet office, beaucoup plus simple et le prêtre n’intervenait que pour conclure la bénédiction.
Probablement hérité des périodes de persécutions, tous les objets de cultes ne sont pas dans l’église mais plus loin ! Ainsi l’office de la prothèse se célèbre jusqu’au VIIIème siècle dans un local à côté de l’église, mais pas dans celle-ci. Et c’est durant la grande Entrée de la Divine Liturgie que les saints Dons sont apportés jusqu’à l’autel de l’église.
Le prêtre prélève la partie centrale de forme carrée, représentant le Christ en disant : « comme une brebis il est mené à la boucherie, et comme un agneau il est muet devant ceux qui le tondent ». Puis une parcelle de forme triangulaire qu’il dépose à gauche (donc à la droite du Christ) représentant la Mère de Dieu.
Le prêtre va percer l’agneau au niveau des lettre IC avec sa lancette, comme fit le centurion lors de la Crucifixion. Puis verse dans le calice du vin et un peu d’eau, signifient le sang et l’eau qui sont sortis de son côté lors de sa Crucifixion.
Puis de toutes petites parcelles en forme triangulaire vont être placées à droite de l’agneau, représentant les anges, les prophètes, les apôtres, les martyrs etc. Puis un triangle représentant l’évêque dont dépend le prêtre et sa paroisse, sera placé dessous l’agneau.
Nous arrivons à la commémoration de tous les fidèles vivants orthodoxes, à chaque prénom le prêtre dépose une miette à gauche de la portion représentant l’évêque. D’où l’utilité des dyptiques, cette feuille de papiers que les fidèles peuvent remplir en y mettant les prénoms des personnes orthodoxes qu’elles veulent inclure à l’Office.
Puis la même chose est faite pour les fidèles décédés dans la foi, et place les miettes à droite de l’évêque. À ce moment le prêtre fini par sa propre personne et dépose une miette à son nom avec les vivants.
Les saints Dons sont encensés et recouverts d’un petit voile sur la Patène, de même sur le Calice ou saint Verre et un grand-voile va recouvrir le tout. Les choses très importantes sont recouvertes pour signifier l’importance de ces objets.

Le diacre encense les saints Dons, puis tout le sanctuaire et continue avec les fidèles à partir des Portes saintes, ne faisant pas le tour de l’église.
Après la paix de Constantin et le développement du Christianisme, les grandes villes pouvaient avoir plusieurs églises. Chacune de ces églises célébraient les Matines puis à la fin de ces Matines partaient en procession vers l’église principale pour y célébrer la Divine Liturgie. Des chants étaient déclamés, intercalés par des litanies du diacre. D’où l’origine actuellement des chants du début de la Divine Liturgie, avec ses litanies ! Au cours des siècles des éléments s’ajoutent, peu sont retirés ! Nous pourrions nous dire que, puisqu’il n’y a plus de litanies, elles auraient pu être supprimées, et bien non, on ne retire rien, on ajoute !
Partie 4
Les prières sacerdotales sont à la 1ère personne du pluriel et non à la 1ère du singulier. En effet cela concerne, non pas, le prêtre tout seul, mais l’ensemble des fidèles.
À partir du VIème siècle il va se développer les prières dites secrètes. C’est-à-dire des prières dites à voix basse, non audibles pour les fidèles. Pour combler ce temps durant ces prières secrètes, on ajoute des chants, afin de ne pas avoir un silence. L’Empereur Justinien (527-565) demande d’arrêter ces prières secrètes, mais sans pouvoir les stopper ! À la fin du VIIIème siècle ces prières secrètes seront bien établies.
La petite Entrée est à l’origine l’entrée du peuple de Dieu conduit par son évêque dans l’église où allait être célébré la divine Liturgie.
La procession menant aux portes de l’église figure l’Eglise qui avance vers le Royaume de Dieu. Un siècle plus tard la crise iconoclaste va interrompre la liturgie stationnaire (donc le fait de faire des processions vers l’église où sera célébré la divine Liturgie) et les Antiennes vont être le début de l’Office. (Les Antiennes sont les chants : « Béni le Seigneur ô mon âme, et que tout se qui est en moi bénisse son saint nom… »)
Les jours de fêtes du Seigneur ou de la Mère de Dieu remplacées par : « Par les prières de la Mère de Dieu, ô Sauveur, sauve-nous ! »
Pour la petite Entrée avec l’Evangéliaire, signifie l’Entrée du Christ dans le monde. Lors des processions, l’évêque bénissait l’Entrée de l’église aux portes de celle-ci, maintenant la bénédiction se fait devant les Portes saintes (donnant sur l’autel).
Puis après le chant « Venez, adorons et prosternons-nous devant le Christ », sont chantés diverses Apolytikions (petit couplé résumant un saint ou une fête en cours) :
- Celui du jour de la semaine
- de la fête ou du saint du jour
- celui de l’église
- conclut par une suite de Kondakions (autres chants, plus courts) dont celui de la Mère de Dieu.
Pendant ces chants, le prêtre récite la prière du Trisagion provenant de la liturgie de S. Basile.
« Dieu Saint, qui repose dans les saints (Is 57,15) Toi à qui les séraphins chantent l’hymne trois fois sainte… » est la possibilité de s’associer avec les anges et louer Dieu devant le saint autel. L’assemblée céleste et terrestre s’unissent dans l’espoir que soient manifestés les cieux sur la terre.
De ce fait, l’assemblée Liturgique terrestre est beaucoup plus vaste que les quelques personnes rassemblées dans l’église : elle s’associe à l’assemblée céleste des anges, des saints et des âmes des justes décédés dans la foi. La célébration de la Divine Liturgie transcende le temps et l’espace.
Le chant du Trisagion : « Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel, aie pitié de nous ». la tradition fait remonter ce chant sous le patriarcat Proclus (434-446) durant une procession accomplie lors d’un tremblement de terre, un enfant fut emporté au troisième ciel, où il entendit ce chant angélique. Le peuple répéta ce chant et le tremblent de terre cessa miraculeusement. Chant qui fait écho au chant de la vision d’Isaïe : « saint, saint, saint est le Seigneur des armées ! Toute la terre est pleine de ta gloire » (Is 6,3). À l’origine le Trisagion était un refrain qui accompagnait le chant d’un psaume lors d’une procession.
Pour la Nativité du Christ, la Théophanie, le samedi de Lazare (veille des Rameaux), le saint et grand samedi, le dimanche de Pâques ainsi que toute la semaine pascale, le dimanche de Pentecôte, le Trisagion est remplacé par le verset paulinien : « Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ » (Ga 3,27). À l’origine, ce verset était chanté les jours où l’on baptisait. Effectivement le baptême était conféré à Constantinople lors de ces fêtes. C’est pourquoi ce chant baptismal est encore exécuté ces jours-là à notre époque.
Pour la fête de l’Exaltation de la Croix (14 septembre) et le 3ème dimanche du Grand Carême, le Trisagion est remplacé par : « Devant Ta croix, nous nous prosternons, ô Maître, et Ta sainte résurrection, nous la glorifions ». Ancien refrain chanté pendant la vénération de la précieuse Croix.